"Jamais plus la bouche cousue" : pour le 8 mars, les femmes donnent de la voix dans les rues de Paris.
"Jamais plus la bouche
cousue" : pour le 8 mars, les femmes donnent de la voix dans les rues de
Paris.
Ségolène Forgar | Le 08 mars 2020.
Reportage. - Inconnus ou moins connus, des milliers de
manifestants se sont réunis dans les rues de Paris pour célébrer la journée
internationale des droits des femmes, qui avait lieu ce dimanche 8 mars.
« Vous n’aurez plus jamais notre silence », « Les hommes tuent plus que le
coronavirus », « Égalité de salaire, moins de paroles en l’air » : à l’occasion
de la la journée internationale des droits des femmes, ce dimanche 8 mars,
plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Paris. En
ligne de mire : les violences sexistes et sexuelles, le patriarcat ainsi que
les inégalités économiques dont les femmes sont les premières victimes. « Marcher
était important pour moi parce qu’il faut que la condition des femmes en France
change », considère Magalie, 45 ans. « Cela prend trop de temps parce qu’il y a
encore une emprise qui est liée à des millénaires de suprématie masculine ».
8 mars : la marche pour célébrer les droits des femmes :
Dans le cortège, les banderoles se déploient et chaque manifestant est
invité à piocher une pancarte. Tandis que des fichus mauves sont distribués à
tout-va. « Ovaire et contre tous », tel est le slogan que brandit une jeune
femme, deux traits violets dessinés sur la joue. « Quand une femme dit non,
c’est non », «73% des tâches domestiques sont réalisées par les femmes. Pas
besoin de clito pour faire le sale boulot » ou « Jamais plus la bouche cousue »,
peut-on lire sur d’autres affiches énergiquement agitées par des femmes et
hommes de tous horizons. Jeunes ou moins jeunes.
Vers 14 heures, entourées de fumigènes violets, une quarantaine de « Rosies
» lancent la marche depuis la place d’Italie. En bleu de travail et fichu rouge
sur la tête, elles exécutent une chorégraphie sur « un remix de l'hymne des
femmes ». Avant de se déhancher joyeusement sur le célèbre tube Think de
l’Américaine Aretha Franklin. Toutes dénoncent la réforme des retraites et ses
effets supposés négatifs pour les femmes mais aussi la répartition inéquitable
du travail domestique.
"Adèle Haenel, je la bénis" :
8 mars : la marche parisienne qui célèbre les droits des femmes
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| «On se lève, on se casse, on gueule », des mots écrits par l'auteure Virginie Despentes dans une tribune publiée par Libération. (Paris, le 8 mars 2020.) Alizée Thily |
« On se lève, on se casse, on gueule ».
Ces mots, écrits par Virginie Despentes dans une tribune bouillante contre
le comité d'organisation des César, résonnent encore chez Paola. Pancarte à la
main, à 18 ans, cette étudiante de Panthéon-Assas s’est dépêchée dans les rues
de Paris pour célébrer la journée internationale des droits des femmes, ce
dimanche 8 mars. « J’étais hyper émue à la lecture de cette tribune. Ce que dit
Despentes est essentiel, cela reflète totalement mes pensées », confie la jeune
femme. D’une plume acérée, l’auteure de King Kong Théorie a signé un texte le
1er mars dans les colonnes de Libération pour apporter son soutien à Adèle
Haenel. La veille, l’actrice avait quitté la cérémonie des César à l’annonce du
prix attribué à Roman Polanski, visé par des accusations de viol. Ce geste fort
d’Adèle Haenel est encore sur toutes les lèvres dans le cortège de la marche
féministe prévue à l’occasion du 8 mars.
« Adèle Haenel, je la bénis ! Et merci aussi à Florence Foresti. Il faut
continuer à se battre », clame Paola. Son amie Élise est du même avis. « Des
femmes, qui ont une certaine notoriété en France, crient leur colère et disent
que la situation ne peut plus durer. Enfin !» considère-t-elle. « Je suis
étudiante à l’université Panthéon-Assas. Là-bas, il y a beaucoup de garçons qui
nous disent : "Oh mais vous exagérez ! Le patriarcat ce n’est pas si
grave". En fait, il ne se rendent tout simplement pas compte de ce qui se
passe parce qu’eux ne sont pas touchés. Mais en réalité, il y a encore des tas
de problèmes. Et c’est tout l’objet du malaise », ajoute-t-elle. Au même
moment, une vague de militantes féministes entonnent en rythme : « Nous sommes
fortes, nous sommes fières et féministes et radicales et en colère ».
« La société est en train de bouger » « Je me suis rendue
compte que j’avais un certain nombre de privilèges qui faisaient que j’étais
plus écoutée » Angèle.
Tout au long du défilé, les manifestants passent par plusieurs étapes. Le
cortège s’arrête devant la Pitié Salpêtrière pour dénoncer la « dévalorisation
des professionnelles de la santé » et rendre hommage à Élodie, infirmière
assassinée dans l’hôpital. À quelques centaines de mètres de là, nouvelle
pause. Cette fois-ci, il s’agit de soutenir les femmes migrantes et les « cheminotes
», menacées par la réforme des retraites. À 15h40, les Rosies jettent leurs
gants jaunes. Une manière de protester contre les inégalités de salaire qui
perdurent encore.
Isabel Torres, Maeve Llerandi Jover.

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