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Météo Miroir

Lundi poésie : aujourd'hui, «on restera en rade»

Chaque semaine, coup d’œil sur l'actualité poétique. Ce lundi, le recueil venteux d'une auteure nonagénaire.

Le recueil s’appelle Météo Miroir mais il est tout sauf un simple journal du soleil et des averses. Claire Malroux n’est d’ailleurs pas une auteure du quotidien. Sans verser non plus dans le fantastique, elle cherche davantage à laisser venir des images qu’à proposer du monde une description limpide. Sa poésie se fait alors l’écho de visions mentales, voire d’apparitions.
Ecrits pour la plupart entre 2013 en 2018, les poèmes réunis ici ont forcément, pour l’auteure née en 1925, une couleur crépusculaire. Les poèmes se font l’écho de «l’effroi d’être soi / ou de ne l’être pas ou plus Ou de n’être que soi / ou tout cela ensemble». Ils se teintent également de références religieuses (la Genèse, les psaumes) mais l'«espérance» et la «vie éternelle» sont des mots qui sont «des enseignes pour crèches vides, / des squats laissés à l’abandon». Non, «Au terme de sa marche, le promeneur / ne distingue aucun chemin vers aucun monde». Reste à la poète à tenir la chronique du temps, dont elle rappelle par ailleurs les deux sens du mot : le temps qu’il fait, très souvent venteux chez Malroux qui a d’abord voulu baptiser son livre Variable, avec vent fort, et celui qui passe et dont on ne peut que constater les stigmates.
 Resultado de imagen de claire malroux
Voici un extrait de Météo Miroir.

De ces jours où rien, ni chaussons de danse du soleil,
yole à quai, petit vent allègre du matin
ni promesses sur l’étagère, n’incite à prendre son élan
Le ciel reflue comme par intervalles la mer s’en va,
lasse d’être labourée à des lieues du rivage
et on pressent qu’on ne partira pas ou si peu avant le vrai départ
mais alors, avec ici et ce temps-ci quelle différence ?
Ou bien on partira, mais lorsqu’on aura cessé d’attendre
la trépidation des ogres dévoreurs de territoires
le majestueux sillage des cités flottantes sur les vagues
le fulgurant emportement vers les stations spatiales
Il sera trop tard
On n’aura plus le temps de rassembler ses hardes,
de consulter le guide des derniers paradis naturels
On restera en rade, en cale sèche au radoub
à se faire lifter coque et voilure en râlant
Claire Malroux, Météo Miroir, éd. le Bruit du temps, 92 pp., 17 euros.
Guillaume Lecaplain 
https://next.liberation.fr/culture/2020/03/09/lundi-poesie-aujourd-hui-on-restera-en-rade_1779570
  
Gerarado Dieterlen, Celia Santonja  

 

Commentaires

Isabel Torres a dit…
Merci pour le poème, c’est très beau !
Gemma Esteban a dit…
je n'ai rien lu de cette auteur mais despuis de lire ça, j'ai besoin!!
Nerea Cebrián a dit…
Je ne connaissais pas l’auteur, mais le poème est si beau que je veux en lire plus!
Belén Clara a dit…
J'ai n'avait rien lu de cette auteure jusqu'à maintenant, mais je pense que c'est un poème très beau et j'aimerais lire plus de ses écrits
irene cervilla a dit…
il m’a semblé un poème précieux!!!
Coala a dit…
Je ne connaissait pas à cette auteure et elle m'a semblé très expressive. Je pense que dans ce poème exprime beaucoup.
J'ai aimé beaucoup ce poème... merci pour la recommandation! <3
Adri a dit…
C'est un poème très joli, merci!
Celia Santonja a dit…
Je suis très heureuse d’avoir publié cette nouvelle parce que j’ai découvert un auteur merveilleux

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